Association pour le Patrimoine et l'Histoire de l'Industrie en Dauphiné

Ce texte a été réalisé par Jacques Droguet, membre de l’APHID à partir  l’étude exécutée par M. Alain Blaise, habitant du Vercors, publiée dans le supplément du n° 288 de la revue Chasse-Marée .

Créée sous Louis XIV, la fabrique royale de canons de Saint-Gervais fût la seule à approvisionner la flotte française du Levant pendant près de deux siècles. Cette fabrique a perduré pendant près de 200 ans [1679-1869] avec certaines interruptions. Elle a été la seule à approvisionner en canons “la flotte française du Levant” (de la Méditerranée) pendant près d’un siècle. Son implantation ne doit rien au hasard : située en bordure septentrionale du Vercors, elle bénéficie d’un torrent “la Drevenne” pour actionner les martinets et alimenter les trompes à air du fourneau et de la rivière “Isère” pour transporter les canons sur des barges, lesquelles rejoignent l’arsenal de Toulon en passant sur le Rhône, les canons étant d’un poids trop considérable pour être acheminé par des moyens terrestres.

Les conditions de sa création

Plusieurs conditions expliquent cette localisation.

Premièrement, la proximité d’une mine de fer [celle d’Allevard], la présence d’une source de charbon (de bois), celle d’un “fourneau” où l’on connaît le travail de la fonte du fer, d’un torrent qui fasse mouvoir les martinets et d’une rivière et d’un fleuve se jetant dans la Méditerranée comme nous venons de le voir. Il existe déjà tout un trafic de radeliers sur l’Isère puis sur le Rhône. D’ailleurs, la rivière était utilisée depuis longtemps pour y faire descendre par flottaison des troncs de sapins du Vercors utilisés comme mâts de navires.

Deuxièmement, les maîtres d’œuvre de cette création étaient des familles directement liées au Vercors, soit géographiquement, soit par un étroit réseau d’alliances matrimoniales.

Par ailleurs, cet artisanat local comprenait depuis longtemps la production de charbon de bois et une activité métallurgique notable utilisant plusieurs “fourneaux” et “martinets”.

L’Histoire

Louis XIV succède à son père en 1643, bien décidé à poursuivre sa politique ambitieuse de centralisation du pouvoir et de rayonnement commercial, militaire et culturel du royaume. Il

s’entoure de ministres énergiques et compétents. Le premier d’entre eux est Colbert.

Trois principes seront à l’origine de la politique de Colbert :

  • rendre favorable la balance commerciale du royaume en réduisant ou éliminant les importations. Or, nos dépenses en fournitures militaires pour la marine étaient très lourdes : des millions de livres chaque année.
  • rendre la liberté politique au Roi dans un domaine stratégique et vital pour sa gloire.
  • se procurer l’armement nécessaire, en cas de guerre, pour le pays.

Dans le domaine de la marine, tout est à faire : construction d’arsenaux, développement d’une industrie de l’armement, construction d’une flotte de guerre.

Jusqu’en 1664, lorsque le Roi voulait faire bâtir un bateau, toute la matière première était achetée à l’étranger, principalement en Hollande. Entre 1664 et 1670, un programme d’approvisionnement industriel et commercial visant à réduire ou supprimer les achats à l’étranger est mis en place. En 1670 :

  • le fer qui venait de Suède et d’Espagne se fabrique maintenant dans tout le Royaume.
  • les canons qui venaient de Suède et Hollande se fabriquent maintenant en Saintonge, Bourgogne, Nivernais, Angoumois et Toulon.

D’où l’ampleur de l’œuvre accomplie : création très rapide d’une flotte qui, en 1690, sera la première d’Europe ; création d’arsenaux et création d’une industrie de l’armement.

Colbert sera secrétaire d’Etat à la Marine pendant 14 ans (1669-1683). Ce sera lui, le père fondateur de la flotte de guerre du Roi. Après sa mort, c’est son fils le marquis de Seignelay qui lui succédera dans cette fonction jusqu’à sa mort en 1690. Puis le relais sera pris par Phélypeaux de Pontchartrain.

Les artisans de la fabrique

Les grands commis

Dans tout le Sud-Est du Royaume, ce rôle de cheville ouvrière sera confié à Samuel Dallies de la Tour. Celui-ci était dauphinois d’adoption et issu d’une famille qui y avait récemment fait l’acquisition des seigneuries de Chantesse, Malleval et Poliénas.

Officiellement, il était chargé de la création d’un ensemble de fabriques d’ouvrages de fer : ancres, crics, armes, canons, boulets, etc. en Dauphiné, Bourgogne, Lyonnais, Nivernais, Forez, Provence. En réalité, Dallies, né à Montauban en 1635 d’une famille protestante rompue au maniement des deniers du Roi, s’est allié par son mariage à toutes les bonnes familles de la capitale et a occupé des postes dans l’administration des finances : fermier des gabelles en Lyonnais, receveur et trésorier général en Dauphiné. Il connaît donc tout le petit monde gravitant autour de ces industries et va en tirer profit pour mettre en place et contrôler un groupe d’entreprises qui seront les artisans du plan déterminé par le ministre. Il est le responsable du groupe et en assume la direction, c’est avec lui que les marchés sont conclus et les traités passés. C’est à lui que les commandes sont adressées, que les aides directes ou indirectes sont dispensées.

Problématique des canons

Le Royaume possède deux grandes flottes de guerre : celle du Ponant (Atlantique et Manche) et celle du Levant (sur la Méditerranée). Il a été relativement facile de construire les vaisseaux. Ils sont faits de bois qu’on trouve en abondance dans tout le Royaume. Le problème se situe au niveau de l’armement : accastillage et surtout des canons.

La fabrication de ces derniers est très difficile car elle exige un certain nombre de conditions. Elle requiert de la matière première : métal et combustible pour le fondre, savoir-faire pour la fusion et l’usinage et enfin transport.

Ce dernier problème est un gros obstacle : un canon de marine est une énorme pièce dont le poids varie de 1.200 à 3.200 kg. Une telle masse ne peut être placée dans un chariot : les essieux casseraient tout au long des chemins “rugueux” du XVIIe siècle et il y faudrait des attelages gigantesques pour monter ou descendre les nombreuses côtes que l’on y trouve. Le transport se fait donc exclusivement par voie d’eau et la fabrique de canons doit donc être placée au voisinage d’une rivière navigable.

Reste la question du métal : au XVIIe siècle, on utilise encore des canons de bronze et on commence à utiliser des canons en fonte de fer appelés “canons en fer”. Lors de la rénovation de la flotte, Colbert décide de n’utiliser que ces derniers. Cependant, ils présentent le défaut d’éclater ; on se remémore l’adage suivant : le canonnier doit se garder d’offenser Dieu plus que nul autre homme de guerre car, lorsqu’il charge sa pièce, il a son plus mortel ennemi devant soi.

Dallies connaît toutes les exigences requises pour la création d’une manufacture de canons pour la flotte du Levant :

  • proximité d’une mine de fer.
  • d’une source de charbon (de bois).
  • d’un “fourneau” où l’on connaît le travail de la fonte de fer.
  • d’un torrent qui fasse mouvoir les martinets et alimente les trompes du fourneau.
  • d’une rivière ou d’un fleuve se jetant dans la Méditerranée.

Et il choisit Saint-Gervais-sur-Isère, village répondant à ces cinq critères. La “fabrique Royale de canons” y est créée par arrêt du Conseil du Roy du 23 juillet 1679.

Nous en citerons les trois premiers :

  • La mine de fer : c’est celle d’Allevard, la seule riche en minerai de bonne qualité dans tout le sud-est du Royaume. Ce minerai est transporté par radeaux sur l’Isère à partir de Goncelin.
  • Le charbon : la forêt des Écouges et celle des Coulmes, sur le rebord septentrional du Vercors, sont très connues à l’époque, et notamment pour le charbon que l’on y fait en abondance. Et juste sous ces forêts mais en plaine, se trouve un village : Saint-Gervais.
  • Le fourneau : à Saint-Gervais, certains sieurs Beaudet de Beauregard ont construit en 1664 un fourneau et des martinets, exemple suivi par la marquise de Virieu en 1670.
Les entrepreneurs

De même que le Roi délègue ses pouvoirs à Colbert et Colbert à Dallies pour la réalisation de ses desseins, Dallies, à son tour va trouver une série d’exécutants pour établir et faire fonctionner la fabrique.

Au XVIIe siècle, l’Etat gère ses affaires comme il le fait souvent aujourd’hui : par sous-traitance. Le Roi a pour interlocuteurs un propriétaire pour établir sa fabrique et un gestionnaire (“l’Entrepreneur”) pour la faire tourner. Cependant, un établissement tel qu’une fabrique de canons est une entreprise complexe exigeant une administration rigoureuse et des capitaux étendus. Le propriétaire de cette sorte d’entreprise ne peut être un homme du commun mais doit appartenir aux classes dirigeantes, notamment de la noblesse d’épée ou de robe. C’est ainsi que le premier propriétaire de la fabrique sera Marie du Faure, marquise de Virieu et le premier entrepreneur, un certain Jean Marel, protégé de Dallies suivi de Pierre Bressieux et de Joseph Devoise qui présideront  aux destinées de cette fabrique pendant la première moitié du 17ème siècle.

Il se crée ainsi une sorte de “consortium” à propos de la fabrique de Saint-Gervais regroupant plusieurs familles nobles, pour l’approvisionnement en matières premières, pour le transport ou la vente du produit fini.

Il y a d’abord le propriétaire de la fabrique : c’est le propriétaire du terrain, seigneur du lieu. Lors de la création, il s’agit de Marie du Faure héritière de l’acquéreur des deux titres. Elle possède les terres sur lesquelles est construite l’usine et elle bénéficie de l’albergement de deux forêts très importantes situées à proximité.

La famille de Barral de Clermont fournit le minerai de fer. Il faut aussi du charbon de bois utilisé pour la réduction du minerai de fer composé principalement d’oxyde de fer ; il sera fourni par la famille de Sassenage qui possède la forêt des Coulmes voisine de Saint-Gervais. Antoine du Faure (père de Marie) bénéficie en 1642 de la subrogation du contrat d’albergement accordé par le prieur du chapitre cathédral de Grenoble sur les forêts de Feyssoles et des Écouges.

Les Guérin de Tencin ont un rôle charnière dans le consortium : ils assurent la cohésion du groupe par leurs alliances et ils assurent la vie de l’entreprise en utilisant leurs relations parisiennes pour pérenniser les commandes à la fabrique.

Toutes ces familles sont reliées par un entrelac d’alliances familiales.

Les ouvriers [Sur le site & Autour de Saint-Gervais]

Au nombre de 121, ils se divisent entre ceux directement affectés à la fabrique : ouvriers aux fourneaux, à la moulerie, à la forerie, serruriers, menuisiers, etc. et ceux non liés directement

à la fabrication des canons : fabrication du charbon de bois ou occupés par le transport. Ces derniers ont d’ailleurs un statut privilégié.

Certains auteurs notent que la vie des charbonniers n’est pas facile et nous parlent de quelques exemples de conflits, fraudes et larcins dans la vie de ceux-ci dans la forêt des Écouges ; de plus, on nous parle aussi d’un litige opposant le propriétaire de la fabrique André François d’Herculais à l’entrepreneur qui est, à ce moment (1728) un sieur Balthazard Faye. Le sujet en est les négligences commises par les employés de la fabrique dans ladite forêt. Trois grands thèmes dans les dépositions :

  • le gaspillage des bois et du charbon dans la forêt et sur les chemins
  • la destruction des sentiers par les convois
  • la présence d’animaux, tels que mules et bœufs, en semi-liberté dans la forêt et y causant des dégâts.

Un canon au XVIIe siècle

Nous avons avancé que les canons de marine sont des objets nettement plus importants que les canons de l’infanterie (ceci étant dû au fait que l’on désire limiter le recul de pièces fixées sur un vaisseau).

Les canons se chargent par la bouche et ne sont pas rayés. Les projectiles sont sphériques, pleins et sont lancés par des charges de poudre ordinaire du quart ou du tiers du poids du boulet. Il existe aussi des boulets à mitraille et des bombes anti-personnel : boulets creux remplis de poudre avec un trou pour une mèche qui s’enflamme au départ du coup.

L’âme du canon est cylindrique avec des tourillons d’axe situé plus bas que l’axe du canon. On met le feu à la charge en utilisant une lumière : petit trou cylindrique de 5,6 mm de diamètre débouchant dans la chambre et que l’on remplit de poudre.

Les calibres et les dimensions correspondantes des canons fixés par l’ordonnance de 1732 et s’échelonnent de 121mm à 175mm [Diamètre de l’âme] et pèsent de 1500 kg à 3250 kg.

La fabrication des canons

La technique de fabrication est conditionnée par les connaissances et les possibilités de l’industrie sidérurgique de l’épôque.

Les premiers fours ont des hauteurs de 4 à 6 mètres. On les charge par le haut. On place dans le fourneau des couches alternées de mine et de charbon de bois. Le métal fondu se rassemble au fond du fourneau, dans le creuset. Lorsque la première charge est consommée, on la renouvelle ; après un nombre déterminé de charges, on fait couler le métal fondu par un orifice percé au fond du creuset, soit dans un moule, soit dans des rigoles pratiquées dans un lit de sable où le métal forme du “fer coulé” ou “fonte de gueuse”. À noter qu’il faut un nombre très important de quantité de charbon de bois ; ce sera le perpétuel problème de Saint-Gervais.

La production d’un canon nécessite l’établissement d’un moule, la préparation, la fusion et la coulée de la matière, le forage de la pièce et de sa lumière. On a utilisé simultanément le moulage en terre et en sable jusqu’à la Révolution où ce dernier sera utilisé presque exclusivement.

  • Le moulage en terre : un modèle est fait à partir d’un axe en bois léger (le trousseau), par un mélange d’argile molle et de crottin de cheval (!) posé sur une natte de paille entourant le trousseau. À l’extérieur du modèle, on applique une couche de cendres lessivées puis le moule est fait de couches de terre atteignant une épaisseur de 18 cm. On arme par des anneaux et bandages de fer entrecroisés. On enlève ensuite le modèle, enduit l’intérieur du moule d’une couche d’argile délayée et d’une couche de charbon de bois très fin délayé. Le moule est alors descendu et placé verticalement dans une fosse.
  • Le moulage en sable : on fait le modèle en fonte de fer ou en cuivre, divisible en tronçons qu’on enlève et réemploie (4 à 7 selon le calibre). On a un moule extérieur en fer coulé appelé châssis, pour chaque tronçon. Le moule de sable est fait en insérant et pressant du sable entre modèle et châssis. On assemble ensuite et lie les différents tronçons du moule dans la fosse.

Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, les canons sont coulés à noyau central. Ils sont coulés dans des moules qui possèdent un noyau central de diamètre légèrement inférieur au diamètre nominal de la pièce. On obtient ainsi un tube qu’on alèse extérieurement et intérieurement grâce à un outil tournant pour obtenir les dimensions désirées.

Dans le premier tiers du XVIIIe siècle, un ingénieur suisse, Jean Maritz, imagine de couler les canons pleins et d’en forer l’âme sur un banc de forage horizontal où c’est le canon et non le forêt qui tourne ; cette invention réduira considérablement le nombre de pièces rebutées.

Ici encore, c’est l’eau de la Drevenne qui est utilisée pour le forage.

La production numérique annuelle des canons de fer fut toujours très élevée parce que chaque vaisseau porte beaucoup de canons et que ceux-ci ont une durée de vie assez courte.

D’autre part, avant d’être admis au service, les canons sont éprouvés. La fonderie de Saint Gervais possède, au bord de l’Isère, un vaste champ d’épreuve dont la butte est formée par l’élévation de la rive droite de cette rivière.

La vie de la Fabrique

Nous avons vu que les canons partent par voie d’eau : Isère, Rhône puis Méditerranée, sur Toulon. Le trajet se fait de 20 à 30 jours. On connaît de manière assez précise les dimensions des barges utilisées pour ce transport : de 15 à 25 mètres. Le minerai de fer vient, lui, d’Allevard. Au XVIIIe siècle, le minerai voyage par terre entre les mines et Goncelin, puis il est embarqué sur l’Isère à Goncelin dans des barges de dimensions plus réduites et il est débarqué directement à Saint-Gervais où la fabrique se trouve au bord de l’Isère. Le régime alpin de l’Isère, restreint la navigation aux mois de mars à mai et de juillet à novembre.

 En 1869, la fabrique ferme définitivement. L’entreprise est passé par une période de construction des ateliers puis de travail efficace, suivie d’une période où les rendements diminuent par suite du conservatisme des techniciens et administratifs. La marquise de Virieu meurt le 17 février 1710. La fabrique passe entre les mains d’André François d’Herculais. À son tour, le seigneur d’Herculais va revendre la fabrique et cette fois, au Roi qui repasse dans la famille dans la même famille en 1783 ; à cette date, l’usine ne produit plus de canons depuis 25 ans. La fabrication de canons est reportée à l’usine de Ruelle, près d’Angoulême où le prix du canon est moindre et la qualité meilleure, même si le transport vers la Méditerranée est plus difficile.

Peu après, le 26 avril 1794, M. d’Herculais ayant émigré, ses biens sont déclarés biens nationaux et le 2 prairial suivant (21 mai 1794), le président du Directoire du département de l’Isère communique au citoyen Dausse, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées un extrait d’un arrêté du Comité du Salut Public du 5 mai portant que la fonderie de Saint-Gervais sera remise en activité.

Dausse va travailler avec une extrême lenteur et dix ans vont encore s’écouler avant l’achèvement du premier canon. L’entreprise va connaître quelques vicissitudes : ce n’est qu’en mars-avril 1805 que les haut fourneaux sont enfin allumés après le départ de Dausse. Le capitaine Thuez (nouvel arrivant) fait une première expérience de remplacement du charbon de bois par du coke de Rive-de-Giers qui s’avère décevante.

L’entreprise est alors concédée par la Marine à un Sieur Capon, le 10 août 1807. Capon est mis en possession de tous les bâtiments, terrains et usines et se charge des réparations à faire pour la remise en marche des fourneaux. Il reçoit des commandes importantes de la marine.

En 1816, le ministre de la marine acquiert définitivement tous les droits du comte d’Herculais,  revenu d’émigration. La fonderie resta dans l’inaction jusqu’en mai 1819.

À la reprise des fabrications en 1819, la fonderie, fonctionnant en régie, reste sous la direction du capitaine puis chef d’escadron Desperrois jusqu’en 1833. Les programmes de fonderie restent modestes, les bâtiments et installations ne font l’objet que de réparations qui ne sont faites que lentement.

Mais, fin 1840, le département de la marine promet un très large concours à celui de la Guerre pour l’armement en canons de fer des fortifications et des côtes. Le directeur de Saint-Gervais demande alors l’autorisation d’agrandir et moderniser l’établissement. Propositions bien accueillies, aussi des travaux sont-ils entrepris dès 1842.

Mais les épreuves prescrites par l’inspecteur général en 1853 donnent de mauvais résultats et toutes les pièces de 30 coulées depuis 1852 sont déclarées inaptes au service. On en reprend cependant la fabrication en 1854 : 70 pièces de calibre 30 sont coulées et terminées, cette année-là. On va même refaire, en 1857, des essais de coulage à noyau !

En 1864, la fonderie coule encore 100 canons de 30 se chargeant par la culasse et 100 se chargeant par la bouche. Ce sera la dernière coulée faite à l’usine de Saint-Gervais.

En effet, le 30 décembre 1865, le ministre de la marine écrit au directeur de Saint-Gervais : “Jusqu’à nouvel ordre, l’établissement cessera de fabriquer des bouches à feu en fonte.

Il établit un rapport sévère sur l’activité de Saint-Gervais concernant la qualité du produit,  son infrastructure et condamne l’établissement, lequel va continuer à travailler avec un personnel réduit, pour des travaux annexes.

En septembre 1869, décision est prise de fermer Saint-Gervais.

L’époque contemporaine

En 1875, le martinet est vendu à un propriétaire local ; la parcelle située sur la commune de l’Albenc (la butte du champ d’épreuves) est cédée à un architecte de Saint-Étienne.

En 1878, les bâtiments et terrains sur Saint-Gervais sont cédés à un Sieur Blache, domicilié à Lyon.

En 1906, une fabrique de pompes, pour laquelle la fonderie était intéressante, s’y installe et l’utilise jusqu’en 1912. À cette date, la société est liquidée et la propriété vendue aux enchères.

Après quelques années d’abandon, c’est la société de cartonnerie Nicolet qui la rachète en 1919 et utilise l’eau de la Drevenne.

Cette société commence le nettoyage des lieux et la suppression de toutes les additions malheureuses faites en 70 ans. En 1960, M. Nicolet père cède la direction des cartonneries à son fils. Suite à des difficultés financières, la société passe sous contrôle étranger en 1970. Elle poursuit cependant ses fabrications avec un nouveau directeur : M. Merle d’Aubigné, de 1970 à 1981. Elle s’arrêtera définitivement en 1984.

En 1985, la société Depagne s’installe dans les bâtiments chargés d’histoire et y commence la réalisation d’ensembles électriques spéciaux sous enveloppes synthétiques. Les propriétaires actuels, MM. Mussi, père et fils, continuent d’entretenir le site.

Document préparé par Jacques Droguet, 2022

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